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Le monastère de Tashi Lhunpo


Les Panchen-lama

La renommée du monastère de Tashi Lhunpo ne devait cesser de croître et devint, grâce au Vème Dalaï-lama (1617-1682) qui conféra ce titre à son maître Lobsang Tchökyi Gyaltsen (1570-1662), le siège du Panchen-lama ou Maître Grand Erudit, occupant le second rang après le Dalaï-lama dans la hiérarchie tibétaine. Depuis, les Panchen-lama ont été liés aux Dalaï-lama par des liens spirituels de maître à disciple impliquant, en outre, la recherche et la reconnaissance mutuelle de leurs "renaissances" successives. Egalement perçus comme une émanation du Bouddha Amitabha, les Panchen-lama devaient assumer, à partir du XVIIème siècle, une place singulière dans le paysage religieux et intellectuel du Tibet. Bien que dépourvus en principe de rôle politique, les Panchen-lama furent épisodiquement amenés à exercer la régence du pays et se retrouvèrent parfois mêlés à l'histoire mouvementée du Pays-des-Neiges.

Pillé à plusieurs reprises dans le passé, le monastère de Tashi Lhunpo fut partiellement épargné par les Chinois qui tentèrent de politiser le rôle du Xème Panchen-lama, Tchökyi Gyaltsen (1938-1989), dans le but d'en faire un instrument de contre-pouvoir face à l'actuel Dalaï-lama.

Lorsque le XIVème Dalaï-lama (1935) s’enfuit vers l'Inde en 1959, le Xème Panchen-lama demeura à Tashi Lhunpo et sembla endosser publiquement les réformes mises en place par la Chine communiste. Réalisant cependant que la politique chinoise ne pouvait que nuire au peuple tibétain, il soumit à Mao Zedong, en 1964, une pétition en septante mille caractères. Le Xème Panchen-lama fut alors accusé d'être un ennemi du Peuple, du Parti et du socialisme. Sa critique des réformes chinoises de même que son appel à un retour du Dalaï-lama lui valurent une session de critiques publiques d'une quinzaine de jours. Emprisonné à Pékin durant dix ans, puis assigné à résidence, il fut obligé de renoncer à ses voeux monastiques et de prendre une épouse chinoise, alors qu'au dehors sévissait la Révolution Culturelle. C'est en 1982 que le Panchen Rimpoché, tel que les Tibétains le nomment habituellement, rentra au Tibet où il fut accueilli avec affection et un immense respect par ses compatriotes. Le 28 janvier 1989, il inaugura et consacra un stûpa à son monastère de Tashi Lhunpo. Âgé de cinquante et un ans, le Xème Panchen-lama décéda peu après la cérémonie dans des circonstances encore non élucidées.





Si les Tibétains du dedans ne cessèrent de manifester une dévotion sincère et un respect sans faille au Panchen Rimpoché, la diaspora tibétaine sembla, pour un temps du moins, de même que certains auteurs occidentaux peu informés, vouloir voir dans la personne de Tchökyi Gyaltsen un collaborateur à la solde de Pékin. La publication des écrits du Xème Panchen-lama par le monastère de Tashi Lhunpo en exil, qui jouissent à présent d'un intérêt considérable auprès des nouvelles générations de Tibétains, ont notamment contribué à réhabiliter la mémoire d'un ardent défenseur de la cause tibétaine.

 
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